Sur la bascule des campagnes vers l’extrême droite

On présente souvent la France rurale et périurbaine comme « perdue ». Une manière commode de ne plus écouter. Avant de condamner, il faut comprendre ce qui fracture réellement ces territoires.

En 2022, Marine Le Pen atteint 57 % dans les communes de moins de 1 000 habitant·es et 42 % dans celles de 1 000 à 5 000. Pourtant, 58 % ont voté pour autre chose : une majorité, donc. Mais le premier « parti » reste l’abstention. Ce n’est pas une adhésion massive, c’est un décrochage politique.

Ce vote n’est pas d’abord géographique. Il est social — et en partie racial. Précarité, faible niveau de diplôme, sentiment d’abandon pèsent davantage que le simple fait de vivre à la campagne.

Face à cela, la gauche a trop souvent répondu par le jugement ou le silence. En désertant le quotidien, elle a laissé le champ libre à une extrême droite structurée, financée et présente là où l’État et les partis reculent.

Car le malaise est profond : factures en hausse, dépendance à la voiture, logements mal isolés, services publics éloignés, emplois rares. Beaucoup ont le sentiment de subir leur vie. Cette insécurité nourrit colère et désignation de boucs émissaires.

La première rupture à réparer est donc celle de la présence. Sans implantation locale, rien ne tient. Bars, marchés, écoles, associations, syndicats : la politique se reconstruit par la discussion répétée, le porte-à-porte, l’écoute patiente.

Mais la présence ne suffit pas. Il faut aussi changer qui parle. Faire émerger des porte-voix locaux, capables de porter des solutions écologiques et sociales à partir de leur vécu. La parole incarnée vaut plus que le discours expert.

À condition de transformer ces échanges en horizon commun. Former localement, maintenir le lien après les élections, articuler le « je » au « nous », créer des alliances durables entre classes populaires rurales et périurbaines.

C’est là que la transition devient décisive : isolation des logements, transports abordables, soutien aux agriculteurs et artisans, emplois verts locaux. Quand l’écologie améliore concrètement la vie, elle cesse d’être perçue comme une menace.

Pour aller plus loin :

– Benoît Coquard : « Les classes populaires rurales et les sympathisants de gauche tendent à s’éloigner » 

– Lumir Lapray, à propos de la sortie de son livre « Ces gens-là » (Payot, 2025)

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