Sur la montée du masculinisme
Au-delà du risque pour la sécurité nationale que représentent ses formes les plus radicalisées, la banalisation du masculinisme dans les espaces institutionnels et les discours politiques constitue un risque pour la démocratie et l’égalité.
📊 Le masculinisme impose un récit où les hommes seraient les véritables victimes d’un système dominé par le féminisme. Chez les jeunes hommes, ces idées progressent :
▪️52 % estiment que “les hommes sont victimes d’un acharnement”
▪️pour 39 %, “le féminisme menace les hommes”
Masculinisme et extrême droite convergent dans un front commun anti-droits. Sur le plan électoral, les discours masculinistes représentent un levier clé : ils captent les frustrations masculines, désignent des coupables au déclassement supposé, renforcent la polarisation politique.
Cette dynamique accompagne une reconfiguration du “gender gap” électoral dans les démocraties occidentales : tandis que les jeunes femmes affichent une sensibilité majoritairement progressiste, les jeunes hommes, eux, se tournent de plus en plus vers des idées conservatrices.
🇺🇸 Aux USA en 2024, les hommes de 18-29 ans ont voté plutôt Trump, les femmes Harris.
🇩🇪 En Allemagne en 2025, les femmes de 18-24 ans ont massivement voté Die Linke ; leurs homologues masculins l’AfD.
🇫🇷En France, en 2024, 49 % des hommes de 18-19 ans déclarent vouloir voter RN.
Dans plusieurs États occidentaux, l’anti-féminisme est institutionnalisé : mesures anti-avortement, politiques natalistes agressives, attaques contre les droits civiques. En 2025, le ministre de la Défense US a soutenu des théologiens réclamant la fin du droit de vote des femmes.
Cette dynamique impose d’agir en amont. L’école reste un levier décisif : éducation à l’égalité, déconstruction des récits de domination inversée, développement de l’esprit critique face aux discours victimaires et complotistes.
Mais l’école ne suffit pas. Le masculinisme prospère aussi sur la solitude, l’isolement social, la précarité et le sentiment de déclassement des jeunes hommes. Des politiques de jeunesse et de cohésion sociale ambitieuses sont nécessaires pour assécher ce terreau de ressentiment.
Enfin, aucune réponse ne sera efficace sans une régulation des espaces médiatiques. Les plateformes numériques et réseaux sociaux jouent un rôle central dans la diffusion et la normalisation des discours masculinistes ; leur responsabilité doit être pleinement engagée.
Pour aller plus loin :
📌 HCE — Rapport annuel 2026 sur le sexisme : https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/rapport-annuel-2026-sur-letat-des-lieux-du-sexisme-en-france
📌 IRIS — Masculinisme, outil d’influence anti-démocratique : https://www.iris-france.org/le-masculinisme-outil-dinfluence-anti-democratique-partout-dans-le-monde/
📌 CEPREMAP — Fossé idéologique entre jeunes femmes et jeunes hommes : https://www.cepremap.fr/2025/03/un-fosse-ideologique-grandissant-entre-jeunes-femmes-et-jeunes-hommes-en-france
