Sur la police

Dans le débat public, la police est presque toujours abordée sous le même angle : « il faut plus de policiers », « il faut plus de moyens », « il faut une réponse ferme et immédiate ». À chaque crise (émeutes, manifestations, violences urbaines), les annonces politiques se ressemblent et saturent l’espace médiatique.

Pourtant, la France n’est pas structurellement sous-dotée. Environ 224 000 policiers et gendarmes sont mobilisés pour la sécurité intérieure, soit près de 240 agents pour 100 000 habitants, un niveau comparable ou supérieur à celui de nombreux pays européens.

Ces effectifs ont augmenté de manière continue depuis vingt ans, notamment après les vagues d’attentats et les grandes crises sécuritaires. Mais cette hausse quantitative n’a jamais été accompagnée d’un débat public sérieux sur l’organisation du travail policier, les doctrines d’emploi ou les pratiques professionnelles.

Autrement dit, le débat public se concentre sur les moyens mobilisés et la réponse à l’événement, mais très peu sur la politique publique de sécurité elle-même : ses objectifs, ses méthodes et ses effets concrets pour les citoyens comme pour les policiers.

C’est là que se situe le problème. Penser la police uniquement comme une force à déployer empêche tout travail de fond sur le maintien de l’ordre, le rapport au public, l’usage de la force, la formation initiale et continue, ou encore le rôle de la hiérarchie et du management opérationnel.

Dans ce contexte, l’évaluation indépendante des pratiques policières reste très limitée. Les chercheurs en sciences sociales sont souvent tenus à distance de l’institution, soupçonnés d’hostilité idéologique. Résultat : peu de capitalisation de l’expérience, peu de débat outillé, peu d’amélioration continue.

Il est possible de faire autrement. La France gagnerait à réactiver une démarche structurée de réflexion sur les pratiques policières, sur le modèle de celle portée à la fin des années 1990 par l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI), afin de penser la police dans son inscription démocratique et son évolution professionnelle.

Cela suppose de développer une politique publique de la police sur le long terme, avec une vision claire et stable, capable de dépasser les cycles médiatiques et électoraux. Un travail patient sur les doctrines, la formation, l’organisation et le rapport à la population, et pas seulement sur la gestion de l’urgence.

Cette modernisation passe aussi par une réouverture de l’institution policière à la recherche et à l’analyse indépendante. Mieux comprendre les pratiques, capitaliser les retours d’expérience et sortir du réflexe « toujours plus de moyens » permettrait d’améliorer à la fois l’efficacité de l’action publique et les conditions d’exercice du métier.

Pour aller plus loin :

CESDIP – recherches sur les pratiques policières : https://www.cesdip.fr

Données publiques Insee / SSMSI

Rapports IGPN / IGA : https://www.interieur.gouv.fr/igpn

Travaux européens sur police & confiance : https://www.eucpn.org