Sur les dispositifs fiscaux en faveur du logement privé

Présentés comme un « plan de relance », les nouveaux avantages fiscaux pour l’investissement locatif privé promettent de répondre à la crise du logement. En réalité, ils risquent surtout d’aggraver les inégalités, sans soulager les ménages les plus en difficulté.

La crise du logement abordable atteint un niveau historique.  En 2025, 2,8 millions de ménages sont en attente d’un logement social, contre 2,1 millions en 2017. On estime à plus de 4 millions le nombre de personnes mal logées en France.

Face à cette demande massive, l’offre recule. Les attributions de logements sociaux sont passées de près de 500 000 par an (2015-2017) à 384 000 en 2024. Désormais, moins d’un demandeur sur cinq obtient un logement dans l’année.

Cette pénurie n’est pas aggravée par l’encadrement des loyers mais par l’effondrement de la construction neuve. En 2025, seuls 274 000 logements ont été mis en chantier, contre 434 000 en 2017. Les agréments de logements sociaux ont chuté de 124 000 en 2016 à environ 85 000 en 2024.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le dispositif « Jeambrun », héritier de Robien, Duflot ou Pinel : une incitation fiscale à l’investissement locatif privé. Une stratégie déjà largement utilisée… et déjà sévèrement critiquée.

La Cour des comptes a montré son coût élevé et son inefficacité sociale. Entre 2014 et 2021, la défiscalisation a dépassé 4 milliards d’euros ; elle atteignait 7,3 milliards en 2023. Près de 70 % des bénéficiaires appartiennent au décile le plus riche.

Sortir de l’impasse suppose un changement de cap : répondre à la crise passe d’abord par une augmentation massive et durable de la construction de logements sociaux, dans le respect strict de la loi SRU, afin de garantir l’accès au logement des ménages modestes et des jeunes actifs.

En parallèle, l’action publique doit reprendre la main sur le parc privé : encadrement effectif des loyers en zones tendues, régulation ferme des locations touristiques, protection renforcée des locataires et prévention des expulsions par des garanties plus efficaces.

Enfin, une stratégie cohérente implique de mobiliser l’existant : lutte contre la vacance, réquisition des logements vides quand c’est nécessaire, remise à plat de la fiscalité des meublés touristiques et accélération de la rénovation thermique pour réduire les charges des ménages.

Pour aller plus loin :

📌 Cour des comptes, L’aide fiscale à l’investissement locatif Pinel (2024) 

📌 L’état du mal-logement en France, rapport annuel 2026, Fondation pour le logement 

📌 Parc de logements au 1er janvier 2025 – Insee Focus – 359